Ouverte sur une cour intérieure où quatre façades donnent chacune à lire l'histoire d'un siècle différent, la Bibliothèque de Valenciennes apparaît à la fois solidement ancrée dans le passé et perméable au temps. Brossée à grands traits, l'histoire de la bibliothèque est rythmée par quelques grandes dates et s'accélère au XXe siècle : 1591, 1614, 1740, 1789, 1837, 1908, 1964, 1994... Au-delà des périodes de construction et de destruction, on peut imaginer par quels hasards les remarquables collections patrimoniales de la Bibliothèque sont parvenues jusqu'à nous.
L'origine de la Bibliothèque remonte à 1591 et à l'ouverture d'un collège par les Jésuites à Valenciennes. Pressé par l'archevêque de Cambrai soucieux de répondre au mouvement profond de protestantisme qui s'était développé dans la région, le Magistrat de Valenciennes garantit une rente aux Jésuites et leur attribue plusieurs bâtiments de fortune reliés par un pont de pierre jeté par-dessus l'Escaut.
Les pères jésuites s'installent dans l'ancien hôtel de Gommegnies et y accueillent aussitôt des élèves. On y entrevoit une bibliothèque dès 1598 lorsque la Compagnie de Jésus devient propriétaire de l'hôtel particulier de la Couronne et des livres légués par son propriétaire.
Dès le début du XVIIe siècle, le développement du collège nécessite l'aménagement de locaux spécifiques. Un plan figuré montre les bâtiments tels qu'ils sont reconstruits de 1601 à 1620, sous la direction des Frères coadjuteurs Henri Hoeimaker (1559-1626), pour la chapelle, et Quirin Huart (1584-1628) pour le collège. Le collège de Valenciennes inaugure ainsi dans les provinces du Nord un nouveau type de construction participant à la fois de l'architecture civile et de l'architecture religieuse. Une aile qui subsiste encore aujourd'hui est réservée aux classes, une autre est dévolue au logement des pères jésuites. Quant à la bibliothèque, elle jouxte le chœur de la chapelle.
En 1614, une plaque de marbre, toujours visible dans la cour intérieure, fut apposée sur une des façades "en l’honneur de Dieu et des Arts", par "le Peuple et le Sénat de Valenciennes (SPQV).
Au XVIIIe siècle – de 1735 à 1751 – une campagne de reconstruction modifie l'apparence des bâtiments qui avaient été inondés à maintes reprises et endommagés par les bombardements des sièges de 1656 et 1677.
En 1743, l'aile abritant au premier étage la nouvelle bibliothèque des professeurs est installée non plus côté jardin mais côté rue, dans le prolongement de la façade de l'église, selon les plans de l'architecte douaisien Michel-François Playez. C'est la bibliothèque des Jésuites que l'on peut encore admirer aujourd'hui, mais dont la destinée originelle est très brève puisque les jésuites voient leurs biens confisqués par arrêt du Parlement en 1762 et qu'ils quittent Valenciennes.
Dès 1765, le Magistrat de Valenciennes peut se prévaloir de ses largesses successives envers le collège des Jésuites pour obtenir le droit d'administrer l'établissement, y installer des régents séculiers. Les bâtiments échappent ainsi au vandalisme révolutionnaire.
Le 14 novembre 1789, l'Assemblée nationale décide que les bibliothèques des couvents, monastères etc. sont mises "à la disposition de la Nation". Les collections saisies dans les nombreux établissements religieux hennuyers, puis chez les nobles et les émigrés, sont entassées dans l'ancien collège alors inutilisé. Certaines, comme la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Amand ou les livres du duc de Croÿ, forment aujourd'hui les fonds les plus précieux de la Bibliothèque.
Dès 1789, la municipalité avait envisagé d'ouvrir au public l'ancienne bibliothèque des Jésuites. Retardée par les événements politiques, les vicissitudes des opérations militaires sur la frontière et les difficultés du tri des livres confisqués, cette ouverture ne devient effective qu'en 1801. La Bibliothèque est alors dissociée du collège, qui deviendra le Lycée en 1865, mais la façade reste commune
Dès lors et pendant tout le XIXe siècle, l'histoire de la Bibliothèque désormais publique de Valenciennes se calque sur celles des bibliothèques françaises : lente absorption des confiscations révolutionnaires confiées à la garde de la ville, ventes de "doubles" qui permettent d'instaurer une timide politique d'achat à partir de 1816, constitution d'une collection de prêt dissociée des fonds patrimoniaux à partir de 1841.
La découverte retentissante de la Cantilène de sainte Eulalie par le poète et érudit allemand Hoffmann von Fallersleben intervient en 1837. La mise au jour de ce texte qui se révêle être le plus ancien poème de langue française est suivie d'autres " inventions ", ce qui favorise d'importants legs, à la suite de celui du bibliophile Bénézech de Saint-Honoré en 1850. Un conservateur est recruté pour rédiger le catalogue des manuscrits qui prend place en 1894 dans la monumentale Collection des "manuscrits conservés dans les bibliothèques publiques de France ".
La Bibliothèque devient un des hauts lieux culturels de la Ville : sa façade est alourdie par une imposante balustrade de pierre vers 1865.
L'incendie du lycée voisin en 1908 fait du bâtiment de la bibliothèque le seul vestige intégralement préservé de l'ancien collège des Jésuites. En 1931, sous la menace de l'écroulement des façades, commencent les premiers grands travaux effectués depuis le départ des Jésuites... Un important corps de magasins perpendiculaire au bâtiment du XVIIIe siècle est construit sur l'emplacement de l'ancien lycée et inauguré en 1933.
Complément logique à ces travaux, la restauration de l'aile ancienne, classée au titre des Monuments historiques depuis 1925, est envisagée dès 1938 ; rendue indispensable par les dégâts causés lors des bombardements, elle est partiellement achevée en 1962.
Dès 1938, le conservateur Paul Lefrancq avait ouvert, sous le nom d'" Heure joyeuse", une bibliothèque pour enfants dont l'existence est interrompue par la guerre. En 1950, alors que les bibliothèques françaises s'ouvrent à de nouveaux publics, il imagine un plan de modernisation des locaux auquel la municipalité préfère le développement d'un service itinérant.
C'est ainsi qu'en 1964, la ville de Valenciennes est dotée du premier bibliobus urbain mis en service dans les bibliothèques du Nord. Entre-temps les fonds anciens ont continué à s'enrichir grâce aux legs Girard, Chéré, Serbat, Bauchond, Carlier...
Le chantier de modernisation des bâtiments est repris en 1975 par le conservateur Frédéric Barbier : une première tranche de travaux aboutit à l'ouverture de 150 m² de services publics en 1978. Le déménagement des archives permet l'ouverture de 250 m² supplémentaires en 1985. Le succès des nouveaux espaces de prêt fonctionnels et banalisés est immédiat.
La saturation rapide des espaces ouverts ainsi que le renouveau spectaculaire des bibliothèques françaises à partir de 1980, incitent la municipalité élue en 1989 à prendre la mesure des nouveaux enjeux : développement des industries culturelles, explosion de l'information, révolution technologique instituant de nouvelles manières de faire et de penser, scolarisation massive et prolongée, nouveau public étudiant... tout pousse à rouvrir le dossier de la bibliothèque.
Un projet élaboré de 1989 à 1990 avec les architectes du Cabinet MTA (Montrouge) aboutit dès 1994 à un agrandissement notable et à un bouleversement radical de la structure de l'établissement : la superficie est multipliée par trois pour atteindre 4500 m², le libre-accès est élargi à près de 100 000 documents, ouverture est faite aux supports d'information récents (disques compacts, cassettes vidéo, cédéroms...), l'informatique fait son entrée dans les services et la gestion du catalogue, la numérisation des fonds anciens commence. Une haute verrière lancée au-dessus de la cour centrale unifie de manière harmonieuse les espaces anciens et nouveaux, les services patrimoniaux et modernes. Accueillants, les espaces de la bibliothèque multimédia enregistrent plus de 500 000 entrées par an jusque 2005 et la généralisation de l'accès à Internet dans les foyers.
La bibliothèque des Jésuites comptait moins de 7 000 volumes imprimés en 1765. La bibliothèque de Valenciennes représente aujourd'hui un total de 400 000 document sur tous supports, auxquels s'ajoutent plus de 3 000 mètres linéaires d'archives. Depuis 1999, le public peut y accéder gratuitement à l’internet et à d’abondantes ressources numériques. La bibliothèque compte aujourd’hui 10 000 inscrits attirés par le programme culturel et des collections vivantes et attractives.
Elle tire son origine du legs que fit aux jésuites le Valenciennois Hubert Bourgeois : à sa mort, fin 1598, celui-ci laissa au collège l'hôtel particulier dit « de la Couronne », avec ses livres et son mobilier, ainsi que 200 livres de rente annuelle. Les livres d’Hubert Bourgeois constituent ainsi le noyau initial de la future bibliothèque publique.
La Bibliothèque a rassemblé une liste des principales publications qui la concernent. Certaines sont accessibles en ligne :
> Accéder à la bibliographie sur la Bibliothèque de Valenciennes
Les bâtiments anciens de la Bibliothèque sont parmi les plus beaux de France. Vous pouvez les découvrir en ligne :
> Visite de l’ancienne bibliothèque des jésuites